ANNECY, VILLE MAUDITE,
le 2 janvier 2009
Salut mon pote !
Ca y est comme promis je viens de passer sur ma bonne vieille Daro Erika, Jimi Hendrix braille à qui mieux-mieux dans le haut-parleur, et c'est une
El Che à la bouche et un verre de Suze à la main que je vais t'offrir la meilleure lettre que la France ne t'ai jamais offert.
Comme j'ai du te le dire dans ma précédente missive, ta réponse m'a bien fait plaisir, ma journée avait pourtant mal commencé, d'infectes vautours m'avaient proposé un boulot ignoble qui consistait au final à "réinventer le communisme en 2010".
Doux Jésus ! Mais quelle ignominie ! Tu y croirais toi, toi, mon pote, à ses sornettes ? Moi, bossant pour des cocos, payé en sacs de blé dans 6 mois, 1 an au plus ? Qu'ils aillent se faire enfiler ouais ! Je commence sérieusement à regretter l'idée suggérée par mon avocat porto-ricain au Pérou : ouvrir une fabrique d'alcools frelatés en Amérique du Sud. Sûr qu'on se serait fendu la poire comme des hyènes !
La stupeur m'a pris à la gorge en lisant tes lignes: 48h bloqués chez les allemands n'est jamais une partie de plaisir, surtout quand c'est en-dehors de la volonté d'un bon backpacker. J'espère que t'as réussi à tirer ton épingle du jeu malgré cette infamie, et qu'Ellen et Tori t'ont donné du fil à retordre.
Maintenant il s'agit d'être fort mon pote, revenir à Frisco après 15 jours d'aliénation française - soumis à l'impitoyable vérité fausse - est sûrement et de loin la chose la plus délicate qu'un type de notre trempe puisse supporter. Il me semble judicieux d'appréhender et d'utiliser finement cette "folie" dont tu parles, d'en tirer le meilleur avant de se remettre en route. Quand au départ de ton collègue, si imminent soit-il, tâches de faire comme t'as toujours fait: aller de l'avant et rebondir. J'ai l'intime conviction que ce ne sera pas un problème pour toi.
Tant que j'y suis, il faut se planifier un été sympa et ne répondant à aucune norme de vie en vigueur: que dirais-tu de se retrouver dans un pays quelconque, genre le Mexique ou l'Australie, si l'envie de fuir Frisco pour une longue durée te tente. J'ai bien senti de mon côté que l'étape Annecy touche à sa fin: je me terre dans mon appart, évitant au mieux de tomber sur tous ces rats puants qui infectent le centre. Aujourd'hui est le premier jour des soldes, j'ai à peine osé aller acheter mon pain, de peur de tomber sur une des nombreuses chiennes pleines d'orgueil et de luxure pullulantes dans les environs.
Mis à part ça aujourd'hui je suis tombé sur les voeux de l'Elysée: il faut à tout prix que t'ailles voir ça mon pote, c'est de loin la plus grosse blague visuelle, communicative et dictatoriale jamais entreprise. La dernière image est composée de Sarkozy grimaçant et faisant un signe de la main profondément invocateur ( genre salut niais militaire d'un autre âge ), et à côté de lui - aussi gros que lui - un garde républicain des plus sérieux, qui tient fermement son épée devant les yeux. J'ai interprété ça pour un "je suis gentil, ou plutôt j'en ai l'air, mais ne passez pas la limite, car le type à côté de moi, lui, ne rigole pas du tout, et en plus il a une putain de grosse épée". Ca m'a foutu hors de moi vieux, quitte à passer pour un état militaire, autant y aller à fond, non ? Genre grosse parade dans les rues, au moins les gens verraient le second degré pour un premier degré de plein fouet, pas de chichi, "Lock Up Your Daughters", ça va chier. D'ailleurs dans la minute qui a suivi, j'ai tapé une lettre à notre cher président, lui proposant mes services en tant que directeur de sa communication officielle, que j'étais jeune, dispensé des obligations militaires et en pleine possession de mes moyens physiques et mentaux. J'ai rajouté que j'aime être subjectif et que l'insulte ne me fait pas peur. Tout cela avec la plus grande sincérité et les mots les plus beaux du monde. Je pense que le grand chambardement viendra par là, de l'intérieur, si on se met à faire des choses utiles et sensées plutôt que de se vautrer sur le canap devant la putain de télé, vomissant ses conneries tel un volcan en fusion. Dis-moi ce que tu penses de tout ça mon pote, ton avis m'intéresse.
C'est cool que t'ai pu commencer la lecture du bouquin de
Dister, il a la magie de dépeindre une vision des putains de hippies qu'on a pas l'habitude de voir, le genre de journalisme qui vaut son pensant d'or. Le journaliste parfait est, à mon sens, un mélange de Dister, Thompson, Wolfe et Jerry Garcia. Je te conseille vivement d'ailleurs la lecture de Acid Test, une pure tuerie. Tiens d'ailleurs tant que j'y suis, colles-toi sur la série "Sons of Anarchy", et le dernier album de
The Fucking Eagles ( "Hurricane Lucy" avec un bon scotch à la main ), sans oublier un live gratos de Hendrix sur
Wolfgang's Vault. Colles-toi un gros vert, files au Fillmore, y'a The Pink Floyd Experience le 27 janvier. En rentrant mates-toi le
Vice Guide To Travel To Liberia sur www.vbs.tv, et t'auras envie de rester là où t'es mon pote, ou en tout cas du calculeras ta chance vieil enfoiré.
Bon allez il est 1h du mat, je vais aller reprendre une Suze et me coucher. Je te laisse avec un citation comme on en fait plus:
"
Aussi laisserons-nous le lecteur répondre à cette question: qui est le plus heureux, l'homme qui aura bravé la tempête de la vie et vécu ou celui qui sera resté en sécurité sur la berge et se sera contenté d'exister ?" H.S. Thompson.
La bise mon pote. Donnes de tes nouvelles entre deux verts, c'est toujours un plaisir.
Accolades nuptiales,
José