Raise & Fall n'a pas été créé pour parler de Société et d'Etat, mais après avoir longuement réfléchi et fait mûrir mon avis, je vais quand même raconter ce que j'ai à raconter.
Ça fait maintenant quelques jours qu'on pleure
nos dis soldats disparus, qu'on en parle partout, qu'on s'empresse de faire des sondages pour connaître le pourcentage de Français pour ou contre la présence française au Moyen-Orient. Et j'en passe.
Grand moment patriotique. Ca fait toujours du bien, n'est-ce pas vieille France. On se retrouve près du feu - ou plutôt devant cette grande fête nationale qu'est le JT -, on regarde les images, on mouille son oeil, on fait un câlin à son fils, on lui dit qu'ils sont morts en héros pour nous défendre, qu'on l'aime et on va au lit.
Et bien non fiston, ton père est peut-être le plus fort, mais il te raconte des conneries, comme son père l'avait déjà fait avant.
Si l'on prend du recul, et qu'on va lire un dictionnaire par exemple, on se rend compte que le risque principal d'un soldat est de
mourir au combat.
Oh mince.
On l'avait oublié.
C'est bête.
Donc en réfléchissant encore un peu, on se rend compte que ces jeunes gars faisaient juste leur boulot. C'est leur risque au quotidien, tout comme pour ma part je dois tenir le serveur web en état pour pas que les sites de mon client tombent en rade la veille de la lancée de son site buzzy-marketing à base de trash-social-advertising.
Si on pousse un peu plus loin ils avaient qu'à pas s'engager si leurs familles savaient qu'un jour elles pourraient pleurer leur perte.
Et je dis pas ça en l'air, si ça avait été mon cousin ou même mon père là-bas, je penserais pareil, car auparavant je leur aurais signalé gentiment qu'ils s'engageaient dans un avenir sombre en signant pour ces tas d'enflures et leurs poésies de guerres propres que quelques milliers de jeunes avalent chaque année à la fameuse et controversée JAPD.
Dix hommes - dont c'est le métier - sont assassinés sauvagement ( ici n'est pas le but de prendre parti pour ces enfoirés d'intégristes, et on sait très bien qu'il y en a partout ), alors qu'à 5000 bornes au sud on en a dix toutes les secondes, dans des circonstances encore plus horribles.
Au final si la société ne veut plus perdre d'enfants ( ce que je souhaite bien évidemment ) et bien deux solutions s'offrent à nos dirigeants :
- soit on va vers une disparition totale d'une armée française
- soit on accepte la mort et on commence à apprécier la vie, ce qui peut être formidable
C'est mal parti pour la première, notre cher président vient de déclarer que
retirer notre armée du Moyen-Orient reviendrait à perdre notre statut de grande puissance. Et bien chère bande d'enfoirés, je préfère vivre avec du fun sans reconnaissance internationale que voir mes voisins pleurer le départ de leur fiston pour l'Afghanistan pendant six mois.
En y réfléchissant bien c'est peut-être ça le problème de ce qu'on appelle la société :
on ne vit plus pour vivre, on vit pour mourir.
Je m'explique.
On passe notre temps à se plaindre des choses qui nous rendent vraiment la vie horrible: la météo ( "Oh les enfoirés ils avaient prévus du beau" ), d'un rhume ( "Je vais être malade trois jours, c'est vraiment insupportable" ), d'une coupure d'électricité ( "je peux pas me sécher les cheveux, je vais vraiment crever" ), etc...
En plus de ça l'européen moderne pense tout le temps au temps qui passe, il doit se dépêcher de faire des études, de trouver un/une compagne idéale pour faire des gamins, puis doit placer de l'argent pour sa retraite et ses enfants, etc....
Doux Jésus ! Si on mobilisait toute l'énergie quotidienne qu'on utilise pour se plaindre, et qu'on l'utilisait en recherche et accomplissement d'un fun, d'un plaisir de vivre, et sans rire, d'amour de son voisin, imaginez un seul instant combien de choses seraient plus simples.
Cette manière d'agir est tombée dans les habitudes de société. La preuve: il existe des gens en France qui, au lieu de se marier, de faire des enfants, de placer son fric, de garder son travail toute sa vie, préfère faire la fête, faire le tour du monde, rester seul, et donc libre; et bien la société a donné un nom - et même plusieurs - à ce type d'homme : on appelle ça un marginal, un alcoolique, un dépravé, un "infréquentable", quelqu'un qui fuit son pays, qui "n'assume pas ses responsabilités de citoyen".
Alors qu'au final et une bonne fois pour toutes, c'est sûrement juste un mec qui profite, veut s'éclater, respirer, marcher, courir, pisser, vomir, chanter, pouvoir se bourrer la gueule même à 50 ans, sans que son entourage dise tout bas : "oh tu as vu je crois qu'il a des problèmes, il est alcoolique."
Ne serait-ce pas ça le but de la vie ? Profiter au maximum tant qu'on a le temps ? Plutôt que passer sa vie à espérer, prier et désirer une vie la plus longue possible ?
C'est donc la merde, mais c'est la merde depuis longtemps, et assez longtemps pour que tout le monde trouve ça normal et laisse couler le truc. Une tentative de révolte a bien eu lieu à la fin des 60's sur le territoire américain, mais comme le dit si bien Hunter S. Thompson,
si tu montais sur les hauteurs de San Fransisco aux prémices des 70's, tu pouvais voir la vague déferler avant même d'atteindre la côte.
Notre vieille Europe n'en est donc plus à cette recherche de survie et de plaisir de vivre, nous sommes passé au stade supérieur, qui correspond à la recherche de l'apogée d'une société, le profit, la grandeur, la gloire face au voisin. Avoir une meilleure pelouse que lui est ainsi devenu une priorité indiscutable, alors qu'on pourrait peut-être juste en avoir une moins belle, mais on pourrait s'y asseoir et boire des bières avec lui ?
Une phrase me vient à l'esprit, elle colle parfaitement à cette courte pensée. C'est une citation de
J. Kerouac dans
Sur la route. A ce moment du bouquin Jack s'enterre alors dans une réflexion sur des broutilles, puis écrit :
Mais pourquoi penser à tout ça quand toute la beauté de ce monde s'offre à vous et que toutes sortes d'événements imprévus sont en attente, qui vous surprendront et qui, du seul fait qu'ils se produiront, vous rendront heureux de vivre.
Comme quoi le mot
beatnik ne signifie peut-être pas seulement une désignation rigolote qui fait rire pas mal d'ignorants, mais peut-être aussi avoir des idées et un état d'esprit et de réflexion que pas mal d'enflures auraient du suivre depuis soixante ans.
Pour finir et pour accompagner ce billet, il est temps de s'écouter un titre en parfait accord avec tout ce merdier :
War Pigs de
Black Sabbath (
Paranoïd, 1970 ).