San Francisco, 19 octobre 2010. Premières impressions : le fog.
Le brouillard monte doucement sur Mission Street. Ce même brouillard qui, je pense, symbolise bien la véritable identité de San Francisco. On est bien loin de cette pâle connerie de fog londonien. Je veux dire par là, en dépit de mon plus grand amour pour la Grande-Bretagne, les anglais n'ont pas réussi à apprendre à vivre avec lui comme l'a su faire San Francisco depuis des décennies.
A peine une dizaine de jours que je suis là et j'ai comme l'impression de comprendre ce mécanisme naturel qui englobe la Bay. Cela me rappelle cette fameuse citation de Thompson : "
montez sur les collines qui bordent San Francisco et il vous suffira de regarder au loin pour apercevoir le reflux constant exercé par les vagues océanes". Ou du moins, un truc dans le genre.
C'est là ou ce brouillard intervient : quotidien et constant, il n'est pas du tout régulier et routinier. Il suffit de le sentir le matin lorsque l'on emprunte Mission pour descendre vers Downtown : le voilà sur la gauche, oppressant Twin Peaks de sa fraicheur matinale. Plus au nord, il tente en vain d'envahir North Beach, non sans effet : bien que lointain, il apporte une fraîcheur inestimable à chaque début de journée. Vain le soir, alors qu'après une bien belle journée ensoleillée on ne le redouterait plus, le voilà qui remonte les collines et envahit la ville entière, tel un voile purificateur nettoyant les infâmes saloperies déversées tout au long de la journée. Dans ses meilleures nuits, on peut à peine distinguer la lune. Sa vitesse est folle : les astres apparaissent et disparaissent comme dans une animation de synthèse : imaginez pour cela un immense filtre opaque qui défilerait rapidement, changeant sa transparence à souhait.
Je pense sincèrement que la ville tire sa force de cette puissance naturelle: chaque journée se révèle différente et exaltante à la fois. La richesse, la créativité et la dynamique de la Cité qui attirent tant de monde depuis un demi-siècle ne sont pas là pour rien.
Simon Christen l'a bien compris et le montre plutôt bien dans cette bien belle vidéo de la baie.